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Ratatouille : Chapitre 5

Ce fut d’abord les silhouettes brunes d’une bonne dizaine de maisons qui se découpèrent en premier au fond de cette combe que le chemin surplombait. Les murs de bois et de terre recouverts de chaume donnaient des lignes massives aux bâtiments. Les quelques étroites fenêtres noires percées ici et là rajoutaient à cet impression de lourdeur. Certaines cheminées dégageaient une fumée grise qui montait nonchalamment se confondre avec les nuages.

Une petite place très sommaire était aménagée en son c–ur. Le puits de pierre qui en habillait le centre était recouvert par un marronnier. Cet arbre offrait de l’ombre aux habitants venant chercher de l’eau en plein été.

Sur la droite, un bâtiment en pierre de taille blanche contrastait avec le reste du village par sa propreté et ses ornements. Des larges colonnes supportaient une lourde avancée triangulaire qui surplombait le perron. La distance empêchait de voir ce que la fresque représentait mais c’était sans nul doute un temple de Sigmar.

En périphérie du village, on pouvait encore distinguer les exploitations agricoles qui formaient un patchwork de couleurs tels les pétales d’une fleur autour de son c–ur, le village. Les friches, recouvertes de fleurs sauvages, étaient pigmentées d’une multitude de couleurs. Un autre champ fraichement labouré se parait d’un beau rayé en dégradé de marrons et une exploitation de maïs offrait une large surface jaune au regard du voyageur.

Au premier regard, le village semblait parfaitement paisible, ce qui faillit tromper Dinin. Les yeux de l’elfe en avait déjà pourtant vu bien plus.

D’autres silhouettes en mouvement étaient nettement plus inquiétantes. Le groupe arrivait au moment où les redoutables hommes bêtes portaient leur charge sur le village.

Un guetteur donna l’alerte et se mit à sonner une cloche sans interruption. Les paysans qui travaillaient aux champs se précipitèrent vers le village. Les chiens se mirent à aboyer en cacophonie. On entendait les cris des mères qui hurlaient après leurs enfants pour qu’ils rentrent se barricader chez eux. D’autres familles courraient vers le temple, cherchant plus l’abri de leur dieu que celui de ses murs de pierre. Un grand-père tournait en rond au milieu de la place, bousculé par les habitants affolés, jusqu’à ce qu’une petite fille vienne lui prendre la main et l’emmène dans une maison proche. Les hommes valides commençaient déjà à se rassembler au milieu de la place pour faire front à leur adversaire qui dévalait la combe dans un cri de guerre bestial.

Un paysan en retard restait planté au milieu du chemin, paralysé par la peur. On entendit le cri d’une femme l’appeler par son nom mais il ne bougeât pas. Deux secondes plus tard, il était fauché d’un revers de hache sans que cela ne ralentisse la charge de son assassin. Son corps fut piétiné par les autres créatures qui le suivaient si bien qu’il n’en resta rapidement plus qu’une bouillie de ce brave homme.

Se détachant de la horde, un des Gors s’arrêta et chercha du regard l’origine de cette voix féminine. Il la débusqua à côté d’une carriole à 20 mètres de là. Un léger sourire sadique lui déforma le visage. Il arma son arbalète, visa et tira. La paysanne n’eu pas le temps de réagir et reçu le carreau en plein ventre. Elle se plia en deux de douleur et s’effondra en répandant son sang sur sa belle robe beige.

L’homme bête était déjà entrain de reprendre sa course vers le village tout en se léchant les babines dans une attitude d’immense plaisir.

Le reste de la horde entrait maintenant dans le village. Les quelques paysans rassemblés pour faire se battre n’allaient pas survivre longtemps. Certains monstres se détachèrent du groupe et s’attaquèrent aux fermes les plus proches. Une créature se précipita dans la première maison à gauche du chemin.

Philippe vit la scène se passer sous ses yeux et ne pu rester en place plus longtemps. À la surprise générale, il dit en se levant :
– Je vais tous les tuer. Ortella, Angeline, je vous aime.

Il se tourna alors vers le reste du groupe qui était encore tapis dans les broussailles :
– Prenez soin du père et de la relique.

Alors qu’il finissait sa phrase, il se précipitait déjà vers sa demeure.

Valentine, qui voulait lui éviter la mort, commençait à incanter un sort mais elle fut interrompue par Dinin :
– Je comprends tes sentiments, mais laisse le mourir dignement au combat. Il est déjà trop tard de toute façon. Le Gors qui est rentré à sûrement massacré sa famille et Philippe n’a aucune chance. Il le savait en se levant.

Philippe s’engouffrait dans sa maison pendant que Valentine versait des larmes en sa mémoire.

Après le combat, les aventuriers découvrirent les dépouilles d’Ortella et d’Angeline. Leurs corps gisaient à même le sol au milieu des débris de leurs meubles et de leurs vaisselles.

À quelques mètres de là, les corps de l’homme bête et de Philippe s’entremêlaient dans une mortelle étreinte. Ils se trouvaient au pied de l’âtre où finissait de cuir le plat de sa femme. La ratatouille était prête.

fin

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Ratatouille : Chapitre 4

Un passant les aurait pris pour des fuyards. Ils semblaient pourchassés par les pires démons. La salive qui moussait autour de leurs bouches, la peau blanche et tirée de leurs visages, leurs yeux rouges injectés de sang, la raideur de leurs mouvements précipités, tout indiquait qu’ils étaient pris d’une folle panique. Le c–ur de Philippe battait bien trop vite et bien trop fort pour qu’il puisse supporter ce rythme encore longtemps.

Mais, alors que les arbres défilaient à une vitesse démente sous leur course effrénée, il crut bien sentir ses derniers battements arriver quand il déboucha sur un petit décrochement que faisait la route. Là, le corps d’une jeune fille brune tenait cloué, au tronc d’un orme, par une volée de carreaux d’arbalète. Elle avait le thorax perforé en de trop nombreux endroits pour être encore vivante. La tête penchée, ses cheveux cachaient son visage, si bien que Philippe cru reconnaître sa fille et se jeta sur elle en criant :
– Angeline ! Angeline ! Non ! Qu’ont-ils fait ? Ma fille !
Il était en pleure à ses pieds, les genoux à terre. Ses mains tenaient délicatement les pieds ensanglantés de là jeune fille.

Le groupe resta dans l’impossibilité de réagir pendant quelques secondes puis Dinin s’avança silencieusement vers la jeune fille et il lui dégagea doucement le visage des cheveux longs qui le cachait. Philippe, leva alors lentement ses yeux en larme et reconnu Urgen, la fille du Meunier. Au lieu de le soulager, cette macabre découverte prolongea son angoisse poussant encore un peu plus les limites du supportable. Où pouvait être sa fille ? Que faisait-elle ? Était-elle encore vivante ? Que lui était-il arrivé ?

Pendant que Philippe divaguait, perdu dans ses questions sans réponses, l’archer Elfe dit à Dinin et à Valentine :
– Les animaux ont fuis les environs. La terre a été retournée il y a peu de temps par des sabots. Je sens encore dans l’air une odeur de bête nauséabonde.

En prenant dans là main une branche épineuse de ronce qui débordait légèrement sur la route, il poursuivit :
– Il y a des poils pris dans ces épines. Ils sont trop sales pour appartenir à un animal. Ils puent la sueur et la graisse.

Montrant du doigt le corps immobilisé sur l’arbre, il arriva à sa conclusion :
– Ces carreaux d’arbalète ont été tirés à bout portant par simple cruauté sur une cible sans défense. Ce sont donc des créatures vivant en bande, poilues, avec des sabots, cruelles et assez intelligentes pour se servir d’arbalètes. Dans votre langue, vous les appelez « Gors ».

Dinin cracha alors sur le sol :
– Des hommes bêtes !

Philippe, qui avait repris le fil de là conversation, intervint :
– Mais, c’est impossible, je vous l’ai dit, nous sommes trop près de Middenheim !

Les regards que les aventuriers échangèrent lui firent comprendre qu’il se trompait. Quand la grande vague du chaos ravagea l’Empire, la puissance des armées était très nettement affaiblie. Bien que les humains gagnèrent et que les forces ennemies durent battre en retraite, de nombreuses créatures se cachèrent dans les bois. Ils étaient sur la piste d’une de ces hordes sauvages. Et tout indiquait qu’elle se précipitait sur le village.

Philippe adressa un regard déterminé à ses amis qui glaça le sang de Valentine. Il se leva calmement et dit :
– Ils vont tous mourir. Je vais leur faire payer ce qu’ils ont fait. Pas un seul n’en échappera vivant !

La réaction musclée de Dinin le déstabilisa. D’un ton qui se voulait à la fois en colère et protecteur, il l’interrompit :
– Pauvre inconscient !

L’expression du visage de Philippe était figée. Drulak se tourna vers Dinin et voulu l’interroger mais les yeux de Dinin l’en dissuadèrent. Il connaissait trop bien les nains et encore plus son compagnon pour savoir quand il était bon de se taire et qu’il valait mieux lui faire « confiance ». Valentine, qui ne s’était pas encore complètement remise de sa nausée, ne se sentait pas la force d’intervenir.

Utilisant sa forte carrure pour renforcer ses propos, Dinin poursuivit :
– Pauvre inconscient ! Leurs hordes sont composées d’au moins dix membres. Chacun d’eux à la force de 100 hommes et fait dans les trois mètres de hauts. Ils ont des pattes de chevaux, des corps d’hommes musclés et des têtes de taureaux ou de boucs coiffées de longues cornes acérées. D’une main, ils te brisent la nuque comme une brindille de bois sec. Ils manipulent des hachoirs hauts comme moi qui te découperaient en deux avant que tu ne te sois suffisamment approché d’eux pour les menacer. Même si, par miracle tu en approchais un suffisamment près pour le frapper, leur peau est tellement résistante que tu ne pourrais la percer. Tu as vu ce qu’ils ont fait ?

Sans attendre sa réponse, Dinin poursuivit en pointant son doigt d’un air menaçant vers Philippe :
– Il t’arrivera la même chose. Ce sont des monstres aguerris à la chasse et au combat. Ils passent leur temps à attaquer tout ce qui vie. Et quand ils n’ont rien à tuer, c’est entre eux qu’ils se battent. Tu n’as pas l’ombre d’une chance ! Alors tu me ravales tes belles paroles de bravoure et on se prend le temps de bâtir un plan d’action.

Finissant sa phrase, il posa sa main calleuse sur les frêles épaules de Philippe en le regardant droit dans les yeux. Il cherchait son approbation et le hochement de sa tête lui confirma son accord. Valentine vint poser délicatement sa main sur son autre épaule. Drulak s’avança alors vers lui et ils l’aidèrent tous à se relever.

Ils formaient désormais un cercle. Debout, sous l’arbre de la macchabée, ils unirent leurs esprits pour tenter de survivre au combat qui les attendaient et sauver le maximum d’habitants possibles des monstres qui étaient sans doute déjà entrain de les massacrer.

Philippe, d’un ton qui se voulait calme mais qui trahissait une peur difficilement maîtrisée, pris la parole le premier :
– Je ne vous demande pas de risquer vos vies.

En regardant chacun dans les yeux un par un, il continua :
– Vous l’avez déjà fait. Je vous suis redevable d’une vie. Je ne pourrais jamais vous en payer deux.

Valentine lui répondit spontanément avec son c–ur :
– Mais si c’était à refaire cent fois nous le referions ! Tu ne nous dois rien Philippe.
– Si, rectifia le nain, les 22 couronnes, 9 sous et 5 cents de ta caution.

Philippe dit à Valentine :
– Merci Valentine, tes mots me touchent mais je ne peu accepter.

Se tournant vers Dinin il poursuivit avec un léger sourire :
– Quand à cette caution, j’ai mis de côté la somme pendant ces dernières années. Je voulais vous faire la surprise après avoir mangé la ratatouille de ma femme.

Après un temps de réflexion, Philippe poursuivit en regardant ses pieds :
– De toute façon je ne sais plus me battre. Ça fait trop longtemps que je n’ai plus eu à combattre.
– Raison de plus pour que nous y allions ensembles, rajouta Valentine.

D’une petite voix d’enfant timide, Philippe répondit en fixant toujours ses pieds :
– C’est gentil.

Ces jérémiades commençaient à agacer sérieusement les deux guerriers. C’est Drulak le premier qui réagit :
– Bon, pendant que nous nous larmoyons comme des pleureuses d’Estalie sur notre sort, des villageois sont entrain de mourir à quelques foulées d’ici. Alors on se décide maintenant. En tant qu’archer, je me propose de couvrir la charge par des tirs paraboliques. Quand vous serez au contact, je me rapprocherai pour harceler l’ennemi par des tirs tendus sur des cibles individuelles. Mon objectif sera de vous éclaircir au maximum le terrain en évitant de se faire prendre en étaux.

L’archer finit et la hache continua :
– Avant de charger, je repérerai les plus forts et si possible leur chef. Si la tête tombe, le reste des troupes sera plus facile à ferrailler. On avancera en groupe séré. On doit toujours se couvrir mutuellement. Il y aura sûrement des arbalestiers.
– Je m’en occuperai, coupa Valentine.
– Très bien, repris le nain. Philippe, tu viendras avec moi. L’épée, c’est comme le cheval, on remonte dessus et sa revient vite.
– J’ai justement gardé un cimeterre chez moi. Un « cadeau » lors de la visite d’un voilier en provenance du sud. Ma masure est la première que l’on trouve sur la gauche du chemin en arrivant.

Valentine pris la parole à la suite de Philippe :
– parfait. Dans ce cas on commencera par là. La première approche aura pour objectif de te faire récupérer ton arme. Il faudra que tu ailles très vite car les hommes bêtes ne vont pas nous attendre. Ils seront sûrement occupés à saccager le village quand nous arriverons mais après avoir engagé nos premiers combats, nous allons être vite repérés. Il te faudra ressortir au plus vite. Et aussi, quoi que tu trouves en arrivant chez toi, n’y pense pas et ressort aussitôt avec ton arme. J’utiliserai alors au mieux ma magie pour vous soutenir.

Valentine regardait maintenant Philippe d’un regard interrogatif. Elle lui prit la main pour qu’il soit encore plus attentif. Ces doigts étaient raides et froids. Ils s’agitaient légèrement par saccades. La douce chaleur de Valentine l’apaisait.

Sentant ses tremblements se calmer, Valentine poursuivit :
– Philippe, est-ce que tu connais des hommes capables de se battre ? Existe-il un bâtiment fortifié ou une armurerie ? Est-ce que le forgeron dispose d’un stock d’armes ou d’outils pouvant être utilisé pour se battre ?

Philippe se sentit alors utile pour la première fois depuis ce matin et il reprit confiance en lui. En relevant la tête, les mains sur la taille il dit :
– Nous n’avons pas d’armurerie ou de stock d’armes mais ce sont de valeureux paysans solides comme des b–ufs. J’en connais une petite dizaine qui pourrait bien se défendre avec une fourche ou une bonne pioche. Le forgeron dispose de quelques outils qui pourraient êtres utiles.
– Très bien, dans ce cas tu seras chargé de repérer ces gars et de les rassembler autour de Dinin. Nous essaierons si possible de nous rapprocher de la forge pour armer les habitants.

Drulak qui avait suivi attentivement les préparatifs résuma la stratégie adoptée :
– Donc, si j’ai bien compris, nous avançons dans un premier temps vers la demeure de Philippe pour qu’il aye chercher son épée. Nous rassemblons ensuite les hommes valides que nous trouvons sur notre chemin en nous dirigeant vers la forge qui sera le point de départ de notre deuxième assaut. Je propose que nous ayons une phase préliminaire d’observation du village juste avant de passer à l’action afin de nous assurer que notre plan à un minimum de chance de succès. Est-ce que vous êtes tous d’accords ?

Chacun des membres du groupe acquiesça gravement de la tête. Ils étaient désormais tous concentrés à assurer au mieux la mission qui leur était confiée.

Ce fut en silence qu’ils se mirent en marche vers le village. Comme un seul Homme, ils courraient silencieusement dans un mouvement fluide et harmonieux. Leurs pieds touchaient le sol quasi instantanément. L’elfe montrait où se déplacer et les autres le suivaient en silence. Sur leur droite, un faisan surpris s’envola dans un vacarme qui leurs sembla insupportable. À ce rythme, ils arrivèrent rapidement à la lisière de là forêt. En même temps que la lumière se faisait de plus en plus présente, le groupe ralenti. Ils s’approchèrent tel des félins, sans bruit, tous les sens en éveil évoluant au plus proche du sol.

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Ratatouille : Chapitre 3

A quelques mètres d’eux, sur le bord du chemin, le corps d’une femme se balançait dans un sinistre grincement. Son cadavre pendait à la branche d’un chêne, suspendu par une corde effilochée. Le mouvement de va et vient que la légère brise lui donnait aurait presque pu donner l’impression qu’il était encore vivant, si ce n’était les trop nombreuses entailles qui le recouvrait. A y regarder de plus prêt, son cadavre ne ressemblait plus qu’à un quartier de viande déchiqueté par des dizaines de pattes griffues emportant ici et là des morceaux de chair, une artère ou un os. Son sang suintait de toutes ces blessures, coulant le long de son sein droit puis de sa jambe gauche. La jambe droite ne se résumait plus qu’à quelques lambeaux suspendus à son bassin. Il y a encore peu de temps, la vie coulait dans ce cadavre.

Valentine fût la première à réagir par un vomi sonore qu’elle projeta violement contre un rocher. L’odeur nauséabonde de sa déjection allait se mélanger à celle du sang frais et de la mort qui rodait sur ce lieu maudit.

Philippe resta sous le choc pendant que les yeux des deux autres aventuriers suivaient les lignes de sang qui s’échappaient de ce corps mutilé. C’est en accompagnant du regard cette chute inexorable qu’ils découvrirent le corps d’un enfant recroquevillé contre le tronc de l’arbre. Il était recouvert de sang sans pouvoir savoir si c’était le sien ou celui de cette femme.

Dans un silence d’amertume, Dinin s’avançait vers ce petit corps chétif qui lui tournait le dos. Il ne bougeait plus. Sa petite forme était lovée entre deux racines et baignait dans une boue rouge sombre et terreuse.

Dinin lui parlait doucement tout en le prenant lentement par l’épaule pour le retourner. S’il avait le moindre espoir de survie pour cet être jeune et fragile, il n’en eu plus aucun lorsque sa tête se tourna vers lui dans un sombre craquement d’os brisés. A quelques centimètres de lui, un visage dévoré le fixait dans une expression de souffrance éternelle. Ses yeux, son nez et ses joues avaient disparu jusqu’à l’os. Son front était arraché au dessus de ses sourcils ne laissant plus voir qu’un vide béant là où quelques heures avant grandissait un cerveau innocent.

Drulak regardait Dinin, puis il détacha le regard de son ami pour observer le reste de la scène de carnage. Il découvrit, à quelques mètres de là, un feu improvisé. Des branches de bois calcinées étaient rassemblées au dessous d’une carcasse empalée sur un pieu grossièrement taillé. C’était donc de là que provenait cette odeur de viande grillée qu’ils avaient sentis en partant du lac. Ils s’en étaient régalés en imaginant Angeline entrain d’improviser une fête de village autour d’un grand banquet. Là, dans une insolente proximité, c’était la carcasse fumante d’un humain qui finissait de brûler au dessus des braises rougeoyantes. Ses os étaient éparpillés autour de lui. Certains étaient brisés et leurs moelles avaient été goulument avalées.

Drulak eu alors la nausée en réalisant qu’ils s’étaient délecté de l’odeur d’un corps humain entrain de cuir. Il fit quelques pas en arrière, hébété, se retenant de vomir à son tour. Mais d’un seul coup, les odeurs de viande calcinée, de vomi, de sang et de putréfaction se mirent à valser dans sa tête. Quand les images de ce corps pendu, de cette enfant recroquevillé et de cette carcasse fumante se rajoutèrent aux odeurs, il se sentit pris d’un vertige l’entraînant dans un puis sans fond. C’est Dinin qui le rattrapa au moment où il s’effondrait. Il allongea son ami l’Elfe dans l’herbe à l’ombre d’un sapin.

Philippe reprenait ses esprits progressivement. Toute cette sauvagerie commençait à prendre du sens. Sa tête se remettait à fonctionner après avoir reçu le choc de cette insupportable réalité. Cette famille avait été massacrée alors qu’elle revenait de la cueillette. Le panier de myrtille piétiné en témoignait. Il y avait un enfant qui devait avoir une dizaine d’années. La femme, de ce qu’on pouvait encore en apercevoir, devait avoir une trentaine d’année. Les restes d’os et de viandes rôtis devaient êtres ceux du père de famille.

En sur impression de ce que ces yeux continuaient d’analyser, il se revoyait tôt ce matin à l’heure où une légère brume recouvrait encore la vallée d’un doux manteau de coton blanc. Une fine rosée perlait aux feuilles des arbres les parant de magnifiques colliers étincelants. Philippe aimait cet instant suspendu où la nuit finissait de faire une beauté à la nature pour qu’elle se présente au soleil sous son plus beau jour.

A cette heure magique, il faisait tranquillement le tour de ses clapiers à lapins et de son poulailler. Il était entrain de ramasser les –ufs pondus la nuit quand une voix l’interpela :
– Bien le bon jour. Comment va l’Philippé c’matin ?

C’était Romain qui l’abordait de sa voix nasillarde. Cet éleveur de bovins avait quelques vaches à la sortie du village. Le solide gaillard était accompagné de son fils et de sa femme. Elle portait au bras un panier en osier.
– Yé vé bien, yé vé bien mon ami. Tou va té promener ?
– Ben ma foi, on a fini d’traire les vaches alors on va s’aller cueillir quelqu’myrtilles. L’Isabelle veut faire une tarte pour c’midi.

Philippe se repassait en boucle cette dernière phrase pendant que ses yeux fixaient obstinément les débris du panier en osier qui gisaient à ses pieds. À haute voix, il répétait comme un dément :
– Ils allaient cueillir des myrtilles ce matin. Ils allaient cueillir des myrtilles ce matin. Ils allaient …

Valentine, qui avait repris ses esprits, essayait de sortir Philippe de la folie qui semblait l’emporter :
– Philippe, qui « ils » ? Tu les connaissais ?
– Ils allaient cueillir des myrtilles ce matin. Ils allaient cueillir des …

Valentine n’en pouvait plus. Elle se sentait elle aussi re-chavirer. C’est dans un cri de désespoir qu’elle lui jeta au visage :
– Stop ! Philippe ! Je t’en supplie. Stop ! Dis moi qui. De qui tu parles ? Tu les connaissais ?

D’un ton mortellement calme, Philippe lui répondit sans la regarder :
– Ils allaient cueillir des myrtilles ce matin. C’était la famille Alsbrus. Le garçon avait l’âge de ma fille. Ils jouaient souvent ensembles. Il s’appelait Erwin.

Philippe marqua soudain une pause. Il semblait figé dans une expression de stupeur. Lentement, très lentement, ses lèvres se mirent à articuler :
– Ma fille … Ortella. Je l’ai envoyé prévenir sa mère tout à l’heure. Oh mon dieu !

Drulak, qui regardait Philippe, suivi alors son regard vers le chemin. Les traces de sabots qu’ils avaient vu tout à l’heure se mélangeaient ici au sang des victimes avant de reprendre leur foulée vers le village.

Philipe sorti de son immobilisme et se mit à courir vers sa masure, fou d’angoisse. Le groupe d’aventuriers le suivait de près animé par une peur collective.

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Ratatouille : Chapitre 2

C’est avec un petit rictus au coin des lèvres que Dinin poursuivit :
– Qu’il y ait de la bière !

Trop content de cette condition, Philippe accepta de suite :
– Vendu ! J’ai d’ailleurs des amis qui m’on amené un tonneau qui devait arriver à Middenheim mais qui a dû malheureusement passer par dessus le ponton d’un navire. Ils m’ont assuré l’avoir retrouver qui flottait, piégé entre les racines d’un arbre le long de la berge.
– Peu importe d’où qu’elle vienne, pourvu qu’elle soit buvable. Ça serait déjà bien pour une bière d’humain !

Philippe se tourna alors verre sa fille qui discutait avec Drulak et lui dit :
– Ma fille, va prévenir ta mère que nous avons du monde à manger ce midi. Qu’elle nous prépare une ratatouille et qu’elle sorte le tonneau de bière qui est arrivé hier. Celui avec le loup blanc peint dessus.
– Oui papa. Mais pourquoi tu ne parles plus comme d’habitude ?
– Maaa, qué cé qué tout raconte. Allé, file prévenir ta mère ! Sinon elle n’aura pas le temps dé tout préparer. Et pouis, tou l’aidera aussi. D’accord ?
-Oui papa, répondit sa fille en partant à grande enjambées, trop contente d’avoir une bonne nouvelle à annoncer à sa mère.

Philippe regardait disparaître sa fille dans les bois et rejoindre le chemin qui passait un peu plus haut. Il se tourna vers les PJ et leur dit :
– Elle n’est pas magnifique ?
Valentine répondit la première :
– Oh que si, mais la dernière fois que l’on t’a vu tu étais gravement blessé entrain d’être soigné au fond d’une cellule de la milice fluviale de Volgen. Ça remonte à deux ans et j’ai un peu de mal à comprendre comment tu as fait pour avoir une gamine de sept ans. Et c’est quoi c’est accent ridicule que tu prends devant cette fille ?

Le ton acide qu’utilisait Valentine n’échappa à personne. Surtout à Drulak dont l’ouïe élfique savait entendre toutes les subtilités de sa voix. Il se demandait s’il elle n’était pas un peu jalouse. Philippe, sur la défensive lui répondit :
– Valentine, ne prend pas ce ton là. Je considère Ortella comme ma propre fille.
– Tu sais très bien que ça n’est pas ce que je voulais dire !

Dinin, qui n’aimai pas voir ses humains se quereller, intervint :
– vous ne croyez pas que nous avons assez d’ennemis comme ça ? Si vous avez envie de vous battre, venez dans les tunnels de nos forteresses. Après une journée de combats acharnés, si vous en ressortez vivants, ça vous passera l’envie de vous chamailler.

Et l’elfe de rajouter :
– pour une fois les nains font preuve de sagesse.
Dinin le fusilla du regard mais devant ses yeux ronds fixés sur lui, il ne pu se retenir et reparti d’un rire caverneux. Philippe et Valentine qui étaient restés à les écouter se rendirent compte de l’absurdité de la situation et se mirent à rire aussi.

L’heure suivante se déroulât autour des souvenirs échangés. Philippe expliqua comment, après avoir pris une dernière beuverie en sortant de prison, il avait rencontré Angeline. Elle était ratière avec sa fille. Son mari était mort écrasé par une charrue aux champs. Elle avait été expulsée de son village qui la considérait comme une charge maintenant qu’elle n’était plus sous la protection de son homme. Elle avait cherché à survivre en allant à la ville. C’est comme ça qu’elle avait pris ce travaille et qu’ils s’étaient rencontré au fond d’une ruelle sordide de Middenheim, un matin très tôt alors qu’une brume se tapissait encore dans les quartiers les plus humides. De fils en aiguilles, ils avaient noués des relations solides et avaient décidé de venir s’installer ici.

Angeline était une femme courageuse. Elle devait avoir une trentaine d’années mais son corps usé lui en donnait facilement 10 de plus, comme beaucoup de femmes à la campagne. Philippe la décrivit néanmoins comme la plus belle femme qui soit. Elle avait gardé une attitude droite et fière. Ses yeux noirs luisaient d’une flamme qui pouvait être terrible quand elle était en colère ou des plus chaudes si elle était remplie d’amour.

Désireux de se faire oublier, il s’était créé cette identité de tiléen. Pour tout le monde, il était un pêcheur/chasseur venu du sud. Son accent faisait rire les gens. Il passait pour un excentrique et ça lui allait très bien. Il pouvait ainsi faire passer beaucoup de choses.

Sa femme était bien sûr au courant et sa fille commençait à se douter de quelque chose. Il faudrait qu’il lui dise bientôt la vérité.

De leur côté, les aventuriers racontèrent tous les périples qu’ils avaient dû affronter depuis leur dernière encontre.

A un moment de la conversation, on vint à parler de la présence d’hommes bêtes dans les forêts après la grande tempête qui avait secoué l’Empire. Philippe écarta ce sujet d’un revers de la main en affirmant que l’on était trop prêt de Middenheim pour craindre se genre de bestioles. Et la conversation repris son court.

Cela faisait deux bonnes heures qu’ils échangèrent des nouvelles lorsque Philippe les invita à partir:
– Mes amis, je suis très content de vous avoir retrouvé. La faim commence à me creuser le ventre et je sens d’ici la ratatouille de ma mie. Nous allons y aller.

Il reçut un accord plus que favorable de la part des aventuriers qui commençaient, eux aussi, à avoir sérieusement faim. Le petit groupe rassembla donc ses affaires et se mit en marche. Après avoir monté une petite pente à travers les arbres, ils rejoignirent le chemin qui menait au village.

Sur le retour, la conversation continua sur des sujets plus gais. Il se mit à parler d’un poisson d’au moins 5 kg qu’il avait attrapé pas plus tard que la semaine dernière :
– Ma femme pourra en témoigner. C’est elle qui l’a cuisiné. Je dois même vous dire qu’il se cache au fond du lac une perche d’au moins un mètre de long. Je suis persuadé de l’avoir presque attrapée.

Et ce fut avec force de grands gestes et d’explications qu’il arriva à sa conclusion.
– Mon fil de pêche a cédé après plus d’une heure de bataille avec ce monstre !

Essoufflé, il regardait son auditoire resté sans voix avant de partir dans un fou rire. Il ne pu se retenir de voir leurs visages sidérés.

Il évoqua ensuite la merveilleuse ratatouille que seule sa femme faisait aussi bien, sans parler de ses succulentes petites galettes de maïs au miel. L’appétit des joueurs commençait à se creuser quand une odeur de feu de bois et de viande grillée se fit sentir.

Philippe plaisanta en disant que c’est encore sa femme qui avait dû faire de leur visite toute une histoire. Elle avait sûrement organisé une fête dans le village :
– Elle a un don pour improviser des surprises, vous allez voir, c’est une femme formidable.

L’ancien voleur remarqua alors que le sol se couvrait progressivement de traces de sabots. Drulak, inquiet, était déjà entrain de les regarder de plus prêt. Cela ne ressemblait pas à des traces de chevaux. C’était bien des sabots, mais les créatures qui avaient laissé ces marques étaient des bipèdes. Parmi les nombreuses empruntes, on pouvait distinguer quelques traces de pattes nues et griffues. Il n’eut pas le temps de parler que Philippe dit en marchant :
– Tiens, c’est étrange, on ne les a pas vu passer avant et les traces semblent fraîches. Sûrement le duc de Nélior qui a chassé le cerf dans ses bois. Ce duc est d’ailleurs plutôt bien apprécié. Il sait se montrer juste et généreux. Une fois par an il organise un grand banquet. D’ailleurs c’est ma femme qui va préparer la ratatouille dans les cuisines de sa demeure. On va se faire une grosse fête, je vous le ….

Mais au moment où il allait finir sa phrase, il arrivait au détour du chemin où il découvrit une scène d’horreur.

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Ratatouille : Chapitre 1

Le groupe d’aventuriers se dirigeait vers Middenheim. Deux jours avant d’arriver à la Grande Cité du Loup blanc, le chemin devait passer le long du lac d’Aiguebonne. Drulak, l’archer elfe, en avait le souvenir d’un étang aux eaux calmes et vertes qui dégageait une légère odeur de vase. Coincé entre deux petites collines boisées, ses contours se dessinaient entre les troncs des arbres pour se livrer complètement au regard du visiteur qui arrivait à la lisière du bois, presque les pieds dans l’eau. Ses berges attiraient de nombreux animaux sauvages qui venaient y boire en toutes saisons. Avec un minimum de discrétion, il n’était pas rare de surprendre des sangliers ou des biches venir s’abreuver pendant quelques minutes avant de disparaitre derrière un bosquet.

Drulak savait aussi qu’une vielle connaissance traînait dans les parages. Au lieu de passer leur chemin, ils décidèrent donc de faire un petit tour de ce lac d’Aiguebonne. Après avoir délogé une perdrix et quelques lapins, ils finirent par trouver l’objet de leur détour. Ça n’était d’ailleurs pas bien difficile puisqu’on l’entendait des centaines de mètres à la ronde. Et à y écouter de plus près, il n’y avait pas une mais deux voix. Certes, on distinguait très nettement un homme facilement reconnaissable à sa voix mûre et posée. Ça, ils s’y attendaient, mais il y avait aussi la voix d’un ou d’une enfant. Et, connaissant le passé de leur ami, c’était plutôt étonnant.

Ils savaient bien que cet ancien pirate était venu « au vert » après avoir eu maille à partir avec la marine fluviale. Ils l’avaient d’ailleurs aidé à limiter les dégâts. A cette époque, il s’assurait des revenus réguliers en attaquant des péniches marchandes le long du Talabec. Une de ses escapades le mena droit vers un culte de Slaanesh itinérant qui s’est installé un hôtel dans les cales de leur navire. Le combat commençait à tourner mal pour Philippe et sa bande quand les aventuriers vinrent à leur rescousse. Gravement blessés, les hors la loi se rendirent à la milice locale qui les soigna et les garda au frais quelques temps. A peine sorti, il se précipita sur les premières femmes de joie venues. A courir après tout ce qui pouvait se livrer rapidement, il se forgea la solide réputation d’un ours plus attiré par le miel des bordels que par celui d’un foyer. Rester avec une fille plus de quelques jours lui semblait impossible et les enfants lui donnaient de l’urticaire. Comment, dans ce cas, expliquer les rires qu’ils échangeaient ? C’était plus qu’étonnant et en totale rupture avec le Philippe qu’ils connaissaient. Mais après tout, on avait le droit de changer et c’est avec bonne humeur qu’ils sortirent des bois et s’avancèrent vers le petit ponton sur lequel les deux pêcheurs étaient installés.

A leur vu, les deux complices se turent immédiatement. Les rires firent place à un silence gêné. Les deux groupes s’immobilisèrent dans une posture d’évaluation réciproque. Manifestement, il ne s’attendait pas à les voir. Essayant de débloquer la situation, Valentine lui lança dans un sourire :
– Bonjour Philippe. Tu ne reconnais pas ta Valentine ? Dites donc, quel accueil tu nous réserves. On te savait un peu ours, mais tu as bien changé depuis que l’on t’a sorti de la …
Philippe ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase et lui lança comme une sommation de se taire :
– Bien sour qué yé té reconnaît Valentine. Comment tou va ?
Pourquoi diable parlait-il avec cet accent tiléen ? Il était né dans un petit village sans nom de l’Averland et il n’avait jamais mis les pieds hors de l’Empire. Et pourquoi se faisait-il appeler Philippé ? Valentine en restait sans voix. Elle n’eu pas le temps de reprendre son souffle qu’une autre surprise l’attendait. La jeune enfant demanda à Philippe d’un ton inquiète :
– Papa, qui sont ces gens ?
Le groupe d’aventuriers n’en revenait pas. Philippe, l’homme aux cent abordages était devenu pêcheur. Il se faisait appeler Philippé. Il parlait avec un accent de la lointaine Tilée, et en plus, il était papa. Décidément, cette rencontre ne se passait pas comme ils l’avaient imaginée.
– Cé sont des amis, répondit Philippe. Yé vous présente ma fille Ortella. Elle vient dé passer son septième hiver. C’est la plou belle fille dou village. Hein ma fille, tou es la plou belle ? Les garçons sont fous de ses yeux ! Yé vous le dit et vous pouvez mé croire !

La jeune fille aux cheveux de cendres dévisagea le petit groupe. Leur vêtements usés et leur armement ne la mettait pas très à l’aise. Son père avait aussi une attitude surprenante. Elle le connaissait toujours de bonne humeur et l’espace d’un instant, elle avait cru voir en lui une autre personne. Un homme fatigué, usé par une vie mouvementée. Il lui avait bien dit qu’il avait été un jeune homme plutôt agité et audacieux. Mais elle avait ramené ces éléments au monde qu’elle connaissait. Elle pensait qu’il avait du voler quelques gâteaux et construire des cabanes en haut des arbres. Les marques d’étonnement manifeste de ces étrangers en disaient suffisamment long sur leur surprise.
Comme toute jeune fille soucieuse de plaire à son papa, elle voulait garder la face et montrer qu’elle était bien éduquée :
– Bonjour. Bienvenue à Hortengam. Je suis heureuse de faire votre connaissance. Désirez-vous boire quelque chose ?
Joignant ses paroles à ses gestes, elle leur aménagea un petit espace en tendant une couverture sur un coin d’herbes à l’abri d’un chêne. Philippe les invita à s’assoir pendant qu’Ortella sortait des ramequins et une gourde d’eau de son panier en osiers.

Ses amis s’installèrent, curieux d’en apprendre un peu plus sur cette vielle racaille devenue papa. Ils furent servi par Ortella qui s’assit près de son père quand il pris la parole d’un air très sérieux :
-il faut qué yé vous dise mon grand malheur.
L’attention des aventuriers était toute tournée vers cet homme à la carrure moyenne et aux épaules légèrement voûtées.
– cé oune grand malheur. Yé né sait pas comment yé vé faire mais yé doit vous le dire.
Tous les yeux des aventuriers étaient fixés sur Philippe sauf deux, ceux de Dinin. Le nain en avait vu d’autres et connaissait bien les humains. Il jeta un rapide cou d’–il à Ortella et cru voir un léger sourire au coin de ses lèvres.
– y’espere qué ma femme né m’en voudra pas trop. C’est affreux …yé né attrappé aucoune poisson dépoui cé matin !
Sa fille n’en pouvait plus de se retenir et parti dans un grand éclat de rire auquel Philippe répondu immédiatement par une hilarité déconcertante. Pendant quelques secondes le groupe ne réagit pas. C’est le nain le premier qui lâcha un rire rauque et grave. Ses amis le rejoignirent rapidement de telle sorte que tout le monde se mit à rire de bonne humeur. L’intensité décrue progressivement et Philippe en profita pour porter un toast à la santé de ses amis :
– Mes amis. Je suis heureux de vous retrouver. Je porte ce verre à votre santé ! Que Sigmar vous protège.
Et tous en c–ur de répondre :
– A ta santé et celle de ta famille !

En reposant son verre il reprit la parole :
– Vous devez sûrement avoir faim ? Ça vous dirait de venir casser la croûte à la maison ? Ça serait l’occasion de vous présenter ma femme Angeline.

Ça n’était pas de refus, leur dernier repas remontait à une soupe de haricots avalée tôt ce matin et la perspective de s’asseoir autour d’une table était plus que séduisante. Les quelques regards qu’ils échangèrent entre eux en dirent suffisamment long sur leur envie.

– C’est avec grand plaisir que nous acceptons, répondit Valentine.
– Mais à une condition, compléta Dinin d’un air très sérieux.
Philippe qui avait ouvert un grand sourire à la réponse de Valentine resta en suspend dans l’attente de cette fameuse condition.

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