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Le toit du Vieux Monde : Chapitre 3

Souvent, les gens aimaient se faire un avis sur une personne en quelques secondes et vite la ranger dans une case, bien au chaud de leur morale.

Ils mettaient consciencieusement des étiquettes sur tout ce qui les environnait ; leurs vaches, leurs pots de chambres, leurs voisins et leurs fourrages.

Certaines de ces étiquettes dataient de plusieurs générations. Chaque fois, on réécrivait à l’identique sur le papier jaunit des traditions, sans se poser de questions, pour ne pas oublier. C’était rassurant, bien rangé, immobile.

Il n’y avait rien de pire que le changement.  Ca signifiait chercher des réponses. Ca impliquait de se remettre en cause, ne serait-ce qu’un instant. On risquait de perdre ces choses si précieuses qui nous entouraient depuis tant de temps sans aucune garantie de trouver mieux ailleurs. C’était prendre le risque de rompre le rythme des cycles pour défricher des sentiers inconnus.

Il n’y avait rien de pire que l’inconnu. Il déclenchait les réactions les plus violentes. Certains cherchaient à l’écraser comme un insecte répugnant. D’autres se barricadaient comme si c’était un loup affamé qui envahissait leur village isolé un soir d’hiver. On cherchait dans tous les cas à effacer cette chose perturbante. Oublier, vite oublier, pour retomber dans une existence anonyme mais rassurante.

Valentine leur montrait donc dans quelle case elle voulait être enfermée en leur offrant un visage rassurant, connu. Elle répondait à une caricature, à l’image que les gens pouvaient se faire d’une telle personne. De cette manière, on ne lui posait pas de questions. Elle ne dérangeait pas la petite épicerie poussiéreuse de l’humanité.

Elle était passée sans faire de bruit, sans attirer l’attention de quiconque. Personne ne lui avait encore enlevé ce masque. Et elle se jura que ca n’arriverait pas.

Valentine se contenta donc d’observer les visages des moines à travers ses paupières mi-closes. Elle vit que certains pleuraient. Ils avaient dû perdre un frère proche ou un membre du village qu’ils appréciaient tout particulièrement.

Ce village avait subit les assauts de la Liche et de son armée. Ils avaient dû fuir avec les habitants encore vivants en se jetant dans de précaires embarcations au milieu d’un torrent de montagne déchaîné. Le courant agité les avait précipité dans une cascade au pied du monastère où les moines leurs étaient venus en aide.

Ceux qui n’étaient pas morts sous les lames rouillées des squelettes s’étaient noyés dans ce torrent glacé.

Pour cette petite communauté montagnarde, ca avait été un vrai drame. Religieux ou non, ils se connaissaient tous. C’était un peu comme une grande famille unie par les rudes conditions de la vie en montagne. Ils étaient tous liés les uns les autres par le sang ou l’histoire. La souffrance que chacun des survivants pouvait ressentir était sincère, profonde et partagée.

Détournant le regard des frères, elle porta son attention sur l’abbé. Il venait de prendre la succession du monastère après le décès de son ancien dignitaire. Le vieil homme était mort quelques semaines plus tôt. Cet honnête successeur prenait ses responsabilités dans un contexte bien sordide. Il lui faudrait enterrer les morts au plus vite, participer à la reconstruction du village, du monastère et de toutes les surfaces agricoles paysannes piétinées ou brulées (bien que son culte prône la cueillette et tolère l’élevage sauvage).

Et moi, se dit Valentine. Qui va s’occuper de moi ? Que vais-je devenir ?

C’est à ce moment que Dintrans rouvrit les yeux et continua son discours.
– Mes frères, mes amis, nous devons la vie à votre courage, à celui des villageois et à votre aide, Dinin, Valentine et Drulak.

Un murmure d’approbation se fit entendre dans l’assemblée.

Les aventuriers se regardèrent entre eux, plus gênés que fiers d’être mis en avant. Ils s’étaient retrouvés impliqués dans cette histoire bien malgré eux et avaient fait ce qu’ils pouvaient pour survivre. Ils avaient sauvé une ou deux vies mais bien d’autres avaient disparu.

La salle au plafond vouté, soutenu par une série de piliers de bois sobrement décorés aux motifs de Taal, devint d’un seul coup plus petite qu’ils ne se l’étaient imaginé. Les têtes de cerfs sculptées qui décoraient les clés des voutes semblaient les regarder fixement du même regard de gratitude que l’Abbé. Des plaques de bois étaient disposées régulièrement sur les murs représentants des paysages sauvages, comme un rappel des derniers jours passés ici.

Un autel en chêne massif trônait devant Dintrans. C’était un bloc de bois brut à priori très ancien si on pouvait en juger par les angles noircis et polis par des années de frottements. Quelque chose dérangeait Drulak dans cet autel mais il ne sut quoi.

Dintrans continua.
– Je vous remercie tous. Le temps de la reconstruction est venu mais il se fera sans nos sauveurs. Ils doivent nous quitter sur le champ.

L’assemblée marqua son étonnement et Valentine ouvra grandes ses oreilles. Drulak et Dinin froncèrent les sourcils, attentifs à ce qu’allait dire Dintrans.
– Pour nous sauver, nous avons dû utiliser une arme redoutable retrouvée dans une cachette au fond de nos catacombes. Cette arme, que je ne nommerai pas, est composée d’un coffre renfermant un morceau de Malpierre.

L’ensemble des moines recula d’un pas et marqua son inquiétude par un hoquet général suivi de nombreux murmures d’inquiétude.

La Malpierre était une substance chaotique aux origines inconnues qui ressemblait à un caillou vert phosphorescent. Jean-Louis Dintrans n’en savait guère plus à son sujet sinon que c’était une matière extrêmement puissante et instable.

Dinin regretta que l’abbé en parle aussi ouvertement devant l’assemblée. Qui pouvait savoir vers quelles oreilles irait ce discours ? Il jeta un regard autour de lui mais tout semblait normal.

Afin de rassurer son assemblée, Jean-Louis posa sa main  droite sur le coffre noir couvert d’inscriptions runiques en argent. Installé sur l’autel en face de lui, personne ne l’avait remarqué jusqu’à présent. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le coffre était passé inaperçu. Il était pourtant mis bien en évidence en plein milieu de l’autel. C’est comme si chacune des personnes présente dans la salle avait inconsciemment détourné son regard pour ne pas le voir. Il dérangeait. Drulak sut alors d’où venait la source de son malaise.

L’abbé repris le file de son discours.
– N’ayez crainte, cette substance est enfermée dans ce coffre tapissé de plomb et nous ne risquons rien (il marqua une pause) tant qu’il demeure fermé. Il reste, et vous l’aurez compris, que nous ne pouvons garder cette arme en notre possession. Sa présence dans nos murs nous met tous en danger. De nombreuses créatures sont déjà surement à sa recherche. Je pense en particulier à ce monstre mi homme, mi rat …

– Raskabak, compléta Dinin sur un ton de mépris.

– Oui, c’est cela, Raskabak. Lui et ses sbires vont sans nul doute vouloir récupérer ce coffre. Ils étaient présents pendant la bataille. Ils doivent rôder derrière nos murs en ce moment même, attendant la première occasion pour s’en emparer. Nous ne pouvons le garder ici.

Certains moines se mirent à fouiller les zones d’ombres  autour d’eux à la cherche d’un espion. Ils ne trouvèrent rien mais leur malaise restait perceptible.

Posant son regard sur chacun des aventuriers, il poursuivit :
– C’est pourquoi je vous demande très solennellement, mes amis, d’emmener ce coffre en lieu sûr. Je connais une personne de confiance à Middenheim.

Il avait tout dit. Dintrans se sentait soulagé de l’avoir fait, mais une lourde responsabilité tomba sur ses épaules. Il se sentait la charge du destin de ces aventuriers qui allaient affronter mille dangers à sa demande.

Valentine n’était pas du même avis. Ses lèvres se crispèrent avant qu’elle n’ouvre la bouche, les trais du visage tirés par la peur.
– Mais c’est de l’autre côté de l’Empire. Nous sommes aux limites de la Bretonnie. Vous voulez nous faire traverser les Montagnes grises et la moitié de l’Empire avec une pierre du chaos sous les bras et toutes les créatures maléfiques se trouvant dans les 50 km à la ronde sur le dos. Vous vous rendez-compte ce que vous nous demandez ? C’est insensé !

Elle conclut sa phrase en croisant ses bras sur sa poitrine tout en fusillant du regard l’Abbé.

Drulak lui donna un coup de coude pour lui attirer son attention. Dinin et lui lançaient des regards très nettement désapprobateurs à Valentine. Ceci la fit réagir d’autant plus vivement.
– Arrêtez de me regarder comme ca ! Vous savez très bien de quoi je parle !

fin

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Le toit du Vieux Monde : Chapitre 2

Le corps d’Arpel était encore à genou. Un regard d’incompréhension fixait le fluide vital qui s’échappait en grandes giclées écarlates de son torse mutilé. Après une pause d’une seconde ou deux, mais qui sembla durer une éternité, sa tête se tourna vers Dinin.

Le nain vit, à travers les jambes des trois squelettes, le sourire de béatitude sur le visage d’Arpel. Il exprimait le repos total, un bien être sans fin. Dieu qu’il était jeune et beau.

Tout en le fixant, il bascula lentement vers le sol, les bras le long du corps. Au même moment les squelettes chargèrent et la rage de Dinin explosa.

Trop de paysans, de moines et de nains étaient morts. Il avait due affronter plus de scènes de violence qu’il ne pouvait en encaisser. La coupe était pleine et elle déborda.

 Parant les premiers coups, il commença à entonner un chant funèbre à la mémoire de ses ancêtres et en l’honneur d’Arpel. Cette action lui redonna du courage et le sens du combat s’inversa. Il repris le dessus et se mit à attaquer.

Au fur et à mesure que sa hache de guerre brisait des tibias, des côtes et des crânes, sa voix se faisait de plus en plus forte. Chaque coup porté lui faisait monter d’un ton la puissance de ses chants si bien qu’un cri continu fini par s’échapper de sa gorge déployée. Les mélopées venues des temps anciens raisonnaient dans sa tête, s’entremêlant avec les bruits du combat. Le son guttural de sa voix faisait écho aux craquements des os sous sa lame d’acier. Tout ceci fini par produire un brouhaha assourdissant où la valse de sa hache l’entraina dans une spirale sauvage.

Il dut sombrer ensuite dans une folie meurtrière car ses souvenirs devinrent très flous. Seules quelques  images lui revirent à la mémoire. Le bras d’un moine roulant au sol. La poussière d’un crâne pulvérisé. Un paysan portant son enfant à bout de bras, la pointe d’une lance ensanglantée sortant de sa poitrine. L’incendie du monastère éclaboussant la bataille d’une couleur jaune et dansante. Des éclairs vert déchirant l’air dans un bruit assourdissant. Et enfin, Kemmler, sur son char d’os et d’acier, sortant d’un brouillard magique pour charger la foule.

Les trop longues batailles se terminaient quelques fois aussi chaotiquement. Le nain analysait, mesurait les risques, élaborait des stratégies. Puis le goût du sang, l’instinct de survie, l’odeur de la mort, la fatigue l’affaiblissaient et la bête, ou le monstre qui était en lui, prenait le dessus. Il ne faisait alors plus qu’un avec sa hache de guerre. Tout son être était au service de la grande faucheuse.

Sa propre survit n’avait d’intérêt que pour continuer de tuer encore et encore, sans répits, jusqu’à ce que plus rien ne bouge, jusqu’au bout de sa propre vie.

Il lui était même arrivé de perdre connaissance en plein milieu du combat, épuisé après des heures et des heures de coups terribles et harassants. Pris pour mort, il était piétiné, blessé, quelques fois détroussé, mais toujours survivant.

C’était alors une terre de désolation et de honte que laissait la bête derrière elle. Le nain reprenait possession de son corps, étranger, dégouté, dépossédé, humilié.

Etait-ce une malédiction ? Les hommes de sa race étaient très fiers et parlaient peu de ces choses là.

Autant ils étaient capables des plaisanteries les plus salaces autour d’une bonne barrique de bière. Autant ils devenaient d’une pudeur sans égale lorsqu’on abordait les faiblesses et les remords de chacun au combat.

La seule chose qu’ils aient réussi à faire pour exorciser cette faiblesse, fut d’écrire Le grand livre des rancunes. Ils y inscrivaient tous les affronts reçus par leur race. Ils y appelaient pour chacun d’eux à une vengeance sanglante.

Revenant à ce qui l’occupait immédiatement, il demanda à Grungni de veiller sur les morts de Maisontaal, tout particulièrement sur le chemin qui les mènerait au jardin de Morr. Son frère, Khaine, seigneur du meurtre, avait pris la sournoise habitude de lui voler les âmes avant qu’elles n’arrivent dans son royaume. Tout ceci afin d’accroitre sa propre puissance maléfique.

Drulak pria Liadriel en lui demandant de veiller sur ces esprits si respectueux de la nature. Le culte sauvage de Taal était le moins éloigné des elfes parmi le panthéon humain tant il vivait en harmonie avec la nature. On ne pouvait pas dire que les Elfes se sentaient proches de ce culte au point de les considérer comme des frères, mais ils éprouvaient une certaine sympathie pour ses adeptes. Drulak pu ainsi solliciter l’attention de Liadriel.

Valentine fut un peu gênée. Elle ne croyait plus aux dieux. Sa vie passée au contact de la bourgeoisie impériale l’avait fait perdre sa foie.

Combien de grands prêtres avait-elle vue se corrompre dans le chaos ? Combien de jeunes hommes et femmes étaient arrivés vertueux pour devenir d’odieux personnages après quelques mois passés au contact de telle ou telle cour ? Combien de familles, les plus honnêtes en apparence, avaient sombré dans de terribles scandales de corruption et de débauche ?

Elle même, quand elle avait prié Shallya de tout son c–ur pour qu’elle soulage les souffrances de sa mère alors malade, quelle réponse avait-elle obtenue ? Malgré toutes les offrandes qu’elle avait pu faire, malgré les heures passées à prier, malgré les pénitences qu’elle s’était imposée, sa mère avait souffert la martyre pendant 11 longs mois.

Elle les avait bien vu défiler ces prêtres de tous les cultes, se remplissant les poches de couronnes à chacune de leurs visites « de bien faisances ». Puis ils emportèrent les meubles quand les liquidités à « offrir » à leurs dieux lui manquait. Elle signa même des reconnaissances de dettes pour accompagner leurs prières.

Ils étaient tous venu négocier, de plus en plus gras, de plus en plus riches, la compassion de leurs Dieux, tels des vautours autour d’un animal mourant.

Et quoi qu’on en dise, les prêtres de Ranald, le dieu des voleurs, n’avaient pas été les plus gourmands. C’était peut-être la délégation qu’elle avait trouvé la moins malhonnête. Ils étaient bien repartis en faisant un crochet par sa cave, emportant quelques bonnes bouteilles sans son accord, mais ils n’avaient pas prostitué leur dieu pour lui extorquer ses biens.

Ils avaient même été presque honnêtes en lui disant que ni leur dieu ni aucun autre ne pourrait soulager les souffrances de sa mère. Les divinités n’intervenaient que très rarement pour de telles questions. Ils prétendaient que ces faux espoirs avaient été mis dans la tête du peuple pour asseoir le pouvoir de l’église face à celui des nobles et des aristocrates.

Elle les avait mis dehors. La jeune fille ne pouvait accepter à ce moment l’insupportable vérité. Avec du recul, Valentine se dit qu’elle rendrait sûrement un jour visite à ce culte pour leur exprimer sa gratitude.

Ruinée, ne pouvant plus assurer un train de vie suffisant, ses « amis » s’étaient tous détournés. Et c’est finalement dans la plus grande misère que sa mère mourut.

Elle qui avait vécu son enfance dans l’opulence des jardins somptueux aux plantes rares et aux couleurs chatoyantes. Elle qui avait quitté le sein de sa nourrice pour manger les mets les plus fins servis dans des plats d’argent et d’ébène par une foule de serviteurs.

Valentine avait du vendre son dernier bien de valeur à un prêteur sur gage. C’était un petit fluteau en ivoire acheté à un marchand d’Arabie.

Avec cet argent, elle lui avait payé une sépulture dans un petit cimetière des alentours d’Altdorf. Depuis, elle n’y était plus retournée, écoeurée par ce monde.

La jeune fille avait pris le peu d’affaires qui lui restaient et elle avait quitté les grandes villes pour l’incertitude des chemins de campagne. Le pouvoir, l’argent et les dieux lui avaient tout pris. Il ne lui restait plus qu’un corps habité par un coeur a jamais blessé.

Pour ne pas sombrer plus loin dans sa chute, elle conservait l’apparence d’une jeune fille pleine de bonne humeur, quelques fois insouciante et capricieuse, avec un zest de manières citadines.

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Le toit du Vieux Monde : Chapitre 1

Un trou dans le plafond effondré projetait une lumière blafarde sur un crâne poussiéreux. Des faisceaux de lumière venaient percuter sa surface sèche, telles des lances scintillantes chargeant sans répits les murailles d’une forteresse en ruine.

Pensant peut-être que les armes auraient raison de la pierre, que la lumière gagnerait sur ces vieux os, quelques cheveux grisonnants et épars essayaient de s’envoler. Ces frêles charognards retombaient inexorablement après de faibles efforts, encore prisonniers, enchaînés, à leurs racines par une chair vieillissante mais toujours vivante.

Plus bas, deux immenses trous noirs gardaient des orbites condamnées par ses paupières lourdement fermées. Ici, nulle vie ne semblait plus exister. Les ténèbres devaient avoir englouti ce qui en restait.

L’expression cadavérique de ce visage était renforcée par la présence de sombres cernes qui glissaient sous ses deux trous obscurs pour venir mourir sur ses pommettes anguleuses. Elles surplombaient le vide de sa mâchoire dont on pouvait compter, sans efforts, les quelques dents restantes à travers ses joues creuses et parcheminées.

Plus loin, le sang mélangé à la poussière avait séché, laissant ici et là des tâches noires et rugueuses entourées d’hématomes qui émergeaient comme des volcans violacés au milieu de grandes étendues jaunâtres irriguées par de faibles ruisseaux de sang.

Sa main squelettique crispée sur son accoudoir trembla légèrement. Ses lèvres desséchées s’entrouvrirent laissant apparaître une fente noire abyssale. Dans un mouvement lent et mesuré, sa tête se redressa et ses paupières s’ouvrirent. Deux yeux d’un bleu polaire injectés de nervures rouges fixèrent chacun des membres de l’assemblée réunie autour de lui.

 Il n’aurait jamais cru voir venir ce jour.

Hier encore, il dirigeait le monastère de La Maisontaal en pleine harmonie avec la nature. Ses moines vivaient des fruits de la terre. Les paysans habitant le village en contre-pas gardaient leurs animaux quasi libres au milieu des prés et des bois. Et lui, le maitre, il se consacrait aux études des textes anciens et à l’écriture d’un ouvrage sur les histoires locales.

Il avait alors engagé quelques aventuriers à la recherche des tombes des célèbres Bandits au sang bleu qui avaient pillés la région de nombreuses années auparavant. Il voulait qu’elles soient repérées à travers la montagne pour compléter son –uvre.

Mais Kemmler, la Liche, s’était réveillé par un quelconque artifice et son armé de morts-vivants avait ravagé une mine naine, le village de Frugelhofen et une bonne partie de son monastère. Heureusement qu’un des groupes d’aventuriers leur avait prêté main forte. Ils avaient retrouvé deux armes très puissantes qui étaient restés cachées dans les catacombes de ses propres bâtiments pendant des dizaines d’années.

Mais une de ses armes devait maintenant disparaître d’ici. Elle était trop dangereuse pour rester entre ses mains et il ne pouvait la détruire. Elle se présentait sous l’aspect d’un coffre en bois noir décoré de motifs incompréhensibles. On pouvait cependant distinguer quelques symboles skavens parmi les nombreux symboles argentés qui la recouvrait. A l’intérieur était enfermé un énorme morceau de mal pierre chaotique vert luminescent provoquant des mutations pour qui s’en servait.

Elle devait être transportée au delà des montagnes grises, au c–ur de l’Empire verdoyant, à Middenheim. Là il connaissait un homme de confiance qui saurait quoi en faire, à l’abri des hauts murs de la cité du Loup Blanc.

Les monstres vivants, ou non, avaient en effet sûrement sentit sa présence après qu’ils s’en soient servi à plusieurs reprises lors des combats. Ils devaient la chercher dans les vallées alentours et ils finiraient par tomber sur leur petite communauté maintenant sans défense. Il voyait déjà ces hideuses créatures se jeter sur son monastère et s’emparer de cette arme dévastatrice.

Peut-être qu’avant elles, les cultistes et les Répurgateurs en tous genres auront entendu une rumeur qui les aura menés jusqu’ici. Les cultistes massacreraient sûrement tout le monde, si c’était eux qui arrivaient les premiers, que ce soit à coup de poisons, de haches ou de sorts. Dans le cas contraire, les Répurgateurs mettraient le feu au monastère, au village et à toutes les âmes vivantes pour s’assurer qu’il n’y ait plus aucune trace de corruption possible. Que ce soit l’un ou l’autre, ils seraient tous morts et le coffre chaotique entre leurs mains.

Il fallait qu’ils fuient au plus vite avec cette arme maléfique que l’on nommait l’Arca chaotis. Peut-être que les créatures du chaos suivraient la trace du coffre et n’attaqueraient pas le village. Peut-être que la rumeur n’aurait pas le temps de se propager et qu’il était encore temps d’en effacer toute trace. Peut-être que le coffre arriverait jusqu’à Middenheim. Peut-être aussi qu’il était déjà trop tard et que la grande souillure avait corrompu ces lieux comme les rats galeux rongent les réserves de grains.

Malgré les doutes qui le rongeaient, son devoir était d’éviter que ce coffre ne tombe entre de mauvaises mains, quoi qu’il en coute. Il devait s’en assurer à tout prix.

L’abbé devait convaincre ces mêmes aventuriers dont la sueur des combats n’avait pas encore séchée que ce serait à eux d’effectuer cette périlleuse mission.

Ses pensées rassemblées et sa conviction renforcée, il pouvait maintenant s’exprimer face à cette assemblée de moines rescapés, de quelques nains survivants et de la poigné d’aventuriers. Ils étaient tous rassemblés autour de lui dans l’attente de ses premiers propos après la bataille.

Un souffle caverneux empli ses poumons avant qu’il ne prenne la parole mais cela n’eu d’autre effet que de lui provoquer une toux sèche. Son corps se crispa brusquement par à-coups. La douleur dans ses côtes cassées se réveilla et il ne pu retenir une grimace de douleur sur son visage tendu. Il attendit quelques secondes pour reprendre son calme avant de tenter un deuxième essai, avec plus de succès.

– Mes frères, mes voisins des mines,  mes amis aventuriers (il marqua une pause), nous venons de survivre à une attaque qui a bien faillit nous coûter la vie à tous. Cependant nombreux sont les absents. Mes premiers mots, mes premières prières, iront à ceux qui ne sont plus parmi nous et qui ont rejoins le Royaume de Morr sous la protection de Taal.

Il referma alors ses paupières dans une attitude de recueillement, aussitôt imité par ses semblables. Ses lèvres sèches s’animèrent de légers tremblements.

Les aventuriers se recueillirent aussi. Dinin fit une prière à Taal et à Grungni, une divinité naine. Les moines étaient morts avec les honneurs au combat. Bien que ce ne soient pas leur vocation, ils avaient courageusement livré bataille. Il les avait vus se battre contre les squelettes avec l’énergie du désespoir.

Un moine en particulier l’avait marqué pour lui avoir sauvé la vie en offrant la sienne. Alors qu’il faisait face à deux adversaires armés d’une épée rouillée et d’un cimeterre ébréché, un troisième mort-vivant s’était glissé dans son dos. Celui là tenait entre ses mains osseuses une hache de bucheron qu’il soulevait au dessus de son crâne, prêt à fendre en deux le dos de Dinin. Au moment où il abattait son arme, Arpel, le moine, s’interposa.

Malheureusement le coup était trop puissant et sa fragile parade ne résista pas, brisant son bâton en même temps que sa clavicule et certaines de ses côtes. Le temps que le squelette retire la hache qui s’était enfoncée jusqu’à la moitié du torse d’Arpel, Dinin réussit tout juste à se dégager de cette situation périlleuse et à se mettre dos à la muraille, face à ses adversaires.

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