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Ratatouille : Chapitre 4

Un passant les aurait pris pour des fuyards. Ils semblaient pourchassés par les pires démons. La salive qui moussait autour de leurs bouches, la peau blanche et tirée de leurs visages, leurs yeux rouges injectés de sang, la raideur de leurs mouvements précipités, tout indiquait qu’ils étaient pris d’une folle panique. Le c–ur de Philippe battait bien trop vite et bien trop fort pour qu’il puisse supporter ce rythme encore longtemps.

Mais, alors que les arbres défilaient à une vitesse démente sous leur course effrénée, il crut bien sentir ses derniers battements arriver quand il déboucha sur un petit décrochement que faisait la route. Là, le corps d’une jeune fille brune tenait cloué, au tronc d’un orme, par une volée de carreaux d’arbalète. Elle avait le thorax perforé en de trop nombreux endroits pour être encore vivante. La tête penchée, ses cheveux cachaient son visage, si bien que Philippe cru reconnaître sa fille et se jeta sur elle en criant :
– Angeline ! Angeline ! Non ! Qu’ont-ils fait ? Ma fille !
Il était en pleure à ses pieds, les genoux à terre. Ses mains tenaient délicatement les pieds ensanglantés de là jeune fille.

Le groupe resta dans l’impossibilité de réagir pendant quelques secondes puis Dinin s’avança silencieusement vers la jeune fille et il lui dégagea doucement le visage des cheveux longs qui le cachait. Philippe, leva alors lentement ses yeux en larme et reconnu Urgen, la fille du Meunier. Au lieu de le soulager, cette macabre découverte prolongea son angoisse poussant encore un peu plus les limites du supportable. Où pouvait être sa fille ? Que faisait-elle ? Était-elle encore vivante ? Que lui était-il arrivé ?

Pendant que Philippe divaguait, perdu dans ses questions sans réponses, l’archer Elfe dit à Dinin et à Valentine :
– Les animaux ont fuis les environs. La terre a été retournée il y a peu de temps par des sabots. Je sens encore dans l’air une odeur de bête nauséabonde.

En prenant dans là main une branche épineuse de ronce qui débordait légèrement sur la route, il poursuivit :
– Il y a des poils pris dans ces épines. Ils sont trop sales pour appartenir à un animal. Ils puent la sueur et la graisse.

Montrant du doigt le corps immobilisé sur l’arbre, il arriva à sa conclusion :
– Ces carreaux d’arbalète ont été tirés à bout portant par simple cruauté sur une cible sans défense. Ce sont donc des créatures vivant en bande, poilues, avec des sabots, cruelles et assez intelligentes pour se servir d’arbalètes. Dans votre langue, vous les appelez « Gors ».

Dinin cracha alors sur le sol :
– Des hommes bêtes !

Philippe, qui avait repris le fil de là conversation, intervint :
– Mais, c’est impossible, je vous l’ai dit, nous sommes trop près de Middenheim !

Les regards que les aventuriers échangèrent lui firent comprendre qu’il se trompait. Quand la grande vague du chaos ravagea l’Empire, la puissance des armées était très nettement affaiblie. Bien que les humains gagnèrent et que les forces ennemies durent battre en retraite, de nombreuses créatures se cachèrent dans les bois. Ils étaient sur la piste d’une de ces hordes sauvages. Et tout indiquait qu’elle se précipitait sur le village.

Philippe adressa un regard déterminé à ses amis qui glaça le sang de Valentine. Il se leva calmement et dit :
– Ils vont tous mourir. Je vais leur faire payer ce qu’ils ont fait. Pas un seul n’en échappera vivant !

La réaction musclée de Dinin le déstabilisa. D’un ton qui se voulait à la fois en colère et protecteur, il l’interrompit :
– Pauvre inconscient !

L’expression du visage de Philippe était figée. Drulak se tourna vers Dinin et voulu l’interroger mais les yeux de Dinin l’en dissuadèrent. Il connaissait trop bien les nains et encore plus son compagnon pour savoir quand il était bon de se taire et qu’il valait mieux lui faire « confiance ». Valentine, qui ne s’était pas encore complètement remise de sa nausée, ne se sentait pas la force d’intervenir.

Utilisant sa forte carrure pour renforcer ses propos, Dinin poursuivit :
– Pauvre inconscient ! Leurs hordes sont composées d’au moins dix membres. Chacun d’eux à la force de 100 hommes et fait dans les trois mètres de hauts. Ils ont des pattes de chevaux, des corps d’hommes musclés et des têtes de taureaux ou de boucs coiffées de longues cornes acérées. D’une main, ils te brisent la nuque comme une brindille de bois sec. Ils manipulent des hachoirs hauts comme moi qui te découperaient en deux avant que tu ne te sois suffisamment approché d’eux pour les menacer. Même si, par miracle tu en approchais un suffisamment près pour le frapper, leur peau est tellement résistante que tu ne pourrais la percer. Tu as vu ce qu’ils ont fait ?

Sans attendre sa réponse, Dinin poursuivit en pointant son doigt d’un air menaçant vers Philippe :
– Il t’arrivera la même chose. Ce sont des monstres aguerris à la chasse et au combat. Ils passent leur temps à attaquer tout ce qui vie. Et quand ils n’ont rien à tuer, c’est entre eux qu’ils se battent. Tu n’as pas l’ombre d’une chance ! Alors tu me ravales tes belles paroles de bravoure et on se prend le temps de bâtir un plan d’action.

Finissant sa phrase, il posa sa main calleuse sur les frêles épaules de Philippe en le regardant droit dans les yeux. Il cherchait son approbation et le hochement de sa tête lui confirma son accord. Valentine vint poser délicatement sa main sur son autre épaule. Drulak s’avança alors vers lui et ils l’aidèrent tous à se relever.

Ils formaient désormais un cercle. Debout, sous l’arbre de la macchabée, ils unirent leurs esprits pour tenter de survivre au combat qui les attendaient et sauver le maximum d’habitants possibles des monstres qui étaient sans doute déjà entrain de les massacrer.

Philippe, d’un ton qui se voulait calme mais qui trahissait une peur difficilement maîtrisée, pris la parole le premier :
– Je ne vous demande pas de risquer vos vies.

En regardant chacun dans les yeux un par un, il continua :
– Vous l’avez déjà fait. Je vous suis redevable d’une vie. Je ne pourrais jamais vous en payer deux.

Valentine lui répondit spontanément avec son c–ur :
– Mais si c’était à refaire cent fois nous le referions ! Tu ne nous dois rien Philippe.
– Si, rectifia le nain, les 22 couronnes, 9 sous et 5 cents de ta caution.

Philippe dit à Valentine :
– Merci Valentine, tes mots me touchent mais je ne peu accepter.

Se tournant vers Dinin il poursuivit avec un léger sourire :
– Quand à cette caution, j’ai mis de côté la somme pendant ces dernières années. Je voulais vous faire la surprise après avoir mangé la ratatouille de ma femme.

Après un temps de réflexion, Philippe poursuivit en regardant ses pieds :
– De toute façon je ne sais plus me battre. Ça fait trop longtemps que je n’ai plus eu à combattre.
– Raison de plus pour que nous y allions ensembles, rajouta Valentine.

D’une petite voix d’enfant timide, Philippe répondit en fixant toujours ses pieds :
– C’est gentil.

Ces jérémiades commençaient à agacer sérieusement les deux guerriers. C’est Drulak le premier qui réagit :
– Bon, pendant que nous nous larmoyons comme des pleureuses d’Estalie sur notre sort, des villageois sont entrain de mourir à quelques foulées d’ici. Alors on se décide maintenant. En tant qu’archer, je me propose de couvrir la charge par des tirs paraboliques. Quand vous serez au contact, je me rapprocherai pour harceler l’ennemi par des tirs tendus sur des cibles individuelles. Mon objectif sera de vous éclaircir au maximum le terrain en évitant de se faire prendre en étaux.

L’archer finit et la hache continua :
– Avant de charger, je repérerai les plus forts et si possible leur chef. Si la tête tombe, le reste des troupes sera plus facile à ferrailler. On avancera en groupe séré. On doit toujours se couvrir mutuellement. Il y aura sûrement des arbalestiers.
– Je m’en occuperai, coupa Valentine.
– Très bien, repris le nain. Philippe, tu viendras avec moi. L’épée, c’est comme le cheval, on remonte dessus et sa revient vite.
– J’ai justement gardé un cimeterre chez moi. Un « cadeau » lors de la visite d’un voilier en provenance du sud. Ma masure est la première que l’on trouve sur la gauche du chemin en arrivant.

Valentine pris la parole à la suite de Philippe :
– parfait. Dans ce cas on commencera par là. La première approche aura pour objectif de te faire récupérer ton arme. Il faudra que tu ailles très vite car les hommes bêtes ne vont pas nous attendre. Ils seront sûrement occupés à saccager le village quand nous arriverons mais après avoir engagé nos premiers combats, nous allons être vite repérés. Il te faudra ressortir au plus vite. Et aussi, quoi que tu trouves en arrivant chez toi, n’y pense pas et ressort aussitôt avec ton arme. J’utiliserai alors au mieux ma magie pour vous soutenir.

Valentine regardait maintenant Philippe d’un regard interrogatif. Elle lui prit la main pour qu’il soit encore plus attentif. Ces doigts étaient raides et froids. Ils s’agitaient légèrement par saccades. La douce chaleur de Valentine l’apaisait.

Sentant ses tremblements se calmer, Valentine poursuivit :
– Philippe, est-ce que tu connais des hommes capables de se battre ? Existe-il un bâtiment fortifié ou une armurerie ? Est-ce que le forgeron dispose d’un stock d’armes ou d’outils pouvant être utilisé pour se battre ?

Philippe se sentit alors utile pour la première fois depuis ce matin et il reprit confiance en lui. En relevant la tête, les mains sur la taille il dit :
– Nous n’avons pas d’armurerie ou de stock d’armes mais ce sont de valeureux paysans solides comme des b–ufs. J’en connais une petite dizaine qui pourrait bien se défendre avec une fourche ou une bonne pioche. Le forgeron dispose de quelques outils qui pourraient êtres utiles.
– Très bien, dans ce cas tu seras chargé de repérer ces gars et de les rassembler autour de Dinin. Nous essaierons si possible de nous rapprocher de la forge pour armer les habitants.

Drulak qui avait suivi attentivement les préparatifs résuma la stratégie adoptée :
– Donc, si j’ai bien compris, nous avançons dans un premier temps vers la demeure de Philippe pour qu’il aye chercher son épée. Nous rassemblons ensuite les hommes valides que nous trouvons sur notre chemin en nous dirigeant vers la forge qui sera le point de départ de notre deuxième assaut. Je propose que nous ayons une phase préliminaire d’observation du village juste avant de passer à l’action afin de nous assurer que notre plan à un minimum de chance de succès. Est-ce que vous êtes tous d’accords ?

Chacun des membres du groupe acquiesça gravement de la tête. Ils étaient désormais tous concentrés à assurer au mieux la mission qui leur était confiée.

Ce fut en silence qu’ils se mirent en marche vers le village. Comme un seul Homme, ils courraient silencieusement dans un mouvement fluide et harmonieux. Leurs pieds touchaient le sol quasi instantanément. L’elfe montrait où se déplacer et les autres le suivaient en silence. Sur leur droite, un faisan surpris s’envola dans un vacarme qui leurs sembla insupportable. À ce rythme, ils arrivèrent rapidement à la lisière de là forêt. En même temps que la lumière se faisait de plus en plus présente, le groupe ralenti. Ils s’approchèrent tel des félins, sans bruit, tous les sens en éveil évoluant au plus proche du sol.

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Une réflexion au sujet de « Ratatouille : Chapitre 4 »

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