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Le toit du Vieux Monde : Chapitre 1

Un trou dans le plafond effondré projetait une lumière blafarde sur un crâne poussiéreux. Des faisceaux de lumière venaient percuter sa surface sèche, telles des lances scintillantes chargeant sans répits les murailles d’une forteresse en ruine.

Pensant peut-être que les armes auraient raison de la pierre, que la lumière gagnerait sur ces vieux os, quelques cheveux grisonnants et épars essayaient de s’envoler. Ces frêles charognards retombaient inexorablement après de faibles efforts, encore prisonniers, enchaînés, à leurs racines par une chair vieillissante mais toujours vivante.

Plus bas, deux immenses trous noirs gardaient des orbites condamnées par ses paupières lourdement fermées. Ici, nulle vie ne semblait plus exister. Les ténèbres devaient avoir englouti ce qui en restait.

L’expression cadavérique de ce visage était renforcée par la présence de sombres cernes qui glissaient sous ses deux trous obscurs pour venir mourir sur ses pommettes anguleuses. Elles surplombaient le vide de sa mâchoire dont on pouvait compter, sans efforts, les quelques dents restantes à travers ses joues creuses et parcheminées.

Plus loin, le sang mélangé à la poussière avait séché, laissant ici et là des tâches noires et rugueuses entourées d’hématomes qui émergeaient comme des volcans violacés au milieu de grandes étendues jaunâtres irriguées par de faibles ruisseaux de sang.

Sa main squelettique crispée sur son accoudoir trembla légèrement. Ses lèvres desséchées s’entrouvrirent laissant apparaître une fente noire abyssale. Dans un mouvement lent et mesuré, sa tête se redressa et ses paupières s’ouvrirent. Deux yeux d’un bleu polaire injectés de nervures rouges fixèrent chacun des membres de l’assemblée réunie autour de lui.

 Il n’aurait jamais cru voir venir ce jour.

Hier encore, il dirigeait le monastère de La Maisontaal en pleine harmonie avec la nature. Ses moines vivaient des fruits de la terre. Les paysans habitant le village en contre-pas gardaient leurs animaux quasi libres au milieu des prés et des bois. Et lui, le maitre, il se consacrait aux études des textes anciens et à l’écriture d’un ouvrage sur les histoires locales.

Il avait alors engagé quelques aventuriers à la recherche des tombes des célèbres Bandits au sang bleu qui avaient pillés la région de nombreuses années auparavant. Il voulait qu’elles soient repérées à travers la montagne pour compléter son –uvre.

Mais Kemmler, la Liche, s’était réveillé par un quelconque artifice et son armé de morts-vivants avait ravagé une mine naine, le village de Frugelhofen et une bonne partie de son monastère. Heureusement qu’un des groupes d’aventuriers leur avait prêté main forte. Ils avaient retrouvé deux armes très puissantes qui étaient restés cachées dans les catacombes de ses propres bâtiments pendant des dizaines d’années.

Mais une de ses armes devait maintenant disparaître d’ici. Elle était trop dangereuse pour rester entre ses mains et il ne pouvait la détruire. Elle se présentait sous l’aspect d’un coffre en bois noir décoré de motifs incompréhensibles. On pouvait cependant distinguer quelques symboles skavens parmi les nombreux symboles argentés qui la recouvrait. A l’intérieur était enfermé un énorme morceau de mal pierre chaotique vert luminescent provoquant des mutations pour qui s’en servait.

Elle devait être transportée au delà des montagnes grises, au c–ur de l’Empire verdoyant, à Middenheim. Là il connaissait un homme de confiance qui saurait quoi en faire, à l’abri des hauts murs de la cité du Loup Blanc.

Les monstres vivants, ou non, avaient en effet sûrement sentit sa présence après qu’ils s’en soient servi à plusieurs reprises lors des combats. Ils devaient la chercher dans les vallées alentours et ils finiraient par tomber sur leur petite communauté maintenant sans défense. Il voyait déjà ces hideuses créatures se jeter sur son monastère et s’emparer de cette arme dévastatrice.

Peut-être qu’avant elles, les cultistes et les Répurgateurs en tous genres auront entendu une rumeur qui les aura menés jusqu’ici. Les cultistes massacreraient sûrement tout le monde, si c’était eux qui arrivaient les premiers, que ce soit à coup de poisons, de haches ou de sorts. Dans le cas contraire, les Répurgateurs mettraient le feu au monastère, au village et à toutes les âmes vivantes pour s’assurer qu’il n’y ait plus aucune trace de corruption possible. Que ce soit l’un ou l’autre, ils seraient tous morts et le coffre chaotique entre leurs mains.

Il fallait qu’ils fuient au plus vite avec cette arme maléfique que l’on nommait l’Arca chaotis. Peut-être que les créatures du chaos suivraient la trace du coffre et n’attaqueraient pas le village. Peut-être que la rumeur n’aurait pas le temps de se propager et qu’il était encore temps d’en effacer toute trace. Peut-être que le coffre arriverait jusqu’à Middenheim. Peut-être aussi qu’il était déjà trop tard et que la grande souillure avait corrompu ces lieux comme les rats galeux rongent les réserves de grains.

Malgré les doutes qui le rongeaient, son devoir était d’éviter que ce coffre ne tombe entre de mauvaises mains, quoi qu’il en coute. Il devait s’en assurer à tout prix.

L’abbé devait convaincre ces mêmes aventuriers dont la sueur des combats n’avait pas encore séchée que ce serait à eux d’effectuer cette périlleuse mission.

Ses pensées rassemblées et sa conviction renforcée, il pouvait maintenant s’exprimer face à cette assemblée de moines rescapés, de quelques nains survivants et de la poigné d’aventuriers. Ils étaient tous rassemblés autour de lui dans l’attente de ses premiers propos après la bataille.

Un souffle caverneux empli ses poumons avant qu’il ne prenne la parole mais cela n’eu d’autre effet que de lui provoquer une toux sèche. Son corps se crispa brusquement par à-coups. La douleur dans ses côtes cassées se réveilla et il ne pu retenir une grimace de douleur sur son visage tendu. Il attendit quelques secondes pour reprendre son calme avant de tenter un deuxième essai, avec plus de succès.

– Mes frères, mes voisins des mines,  mes amis aventuriers (il marqua une pause), nous venons de survivre à une attaque qui a bien faillit nous coûter la vie à tous. Cependant nombreux sont les absents. Mes premiers mots, mes premières prières, iront à ceux qui ne sont plus parmi nous et qui ont rejoins le Royaume de Morr sous la protection de Taal.

Il referma alors ses paupières dans une attitude de recueillement, aussitôt imité par ses semblables. Ses lèvres sèches s’animèrent de légers tremblements.

Les aventuriers se recueillirent aussi. Dinin fit une prière à Taal et à Grungni, une divinité naine. Les moines étaient morts avec les honneurs au combat. Bien que ce ne soient pas leur vocation, ils avaient courageusement livré bataille. Il les avait vus se battre contre les squelettes avec l’énergie du désespoir.

Un moine en particulier l’avait marqué pour lui avoir sauvé la vie en offrant la sienne. Alors qu’il faisait face à deux adversaires armés d’une épée rouillée et d’un cimeterre ébréché, un troisième mort-vivant s’était glissé dans son dos. Celui là tenait entre ses mains osseuses une hache de bucheron qu’il soulevait au dessus de son crâne, prêt à fendre en deux le dos de Dinin. Au moment où il abattait son arme, Arpel, le moine, s’interposa.

Malheureusement le coup était trop puissant et sa fragile parade ne résista pas, brisant son bâton en même temps que sa clavicule et certaines de ses côtes. Le temps que le squelette retire la hache qui s’était enfoncée jusqu’à la moitié du torse d’Arpel, Dinin réussit tout juste à se dégager de cette situation périlleuse et à se mettre dos à la muraille, face à ses adversaires.

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