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Ratatouille : Chapitre 1

Le groupe d’aventuriers se dirigeait vers Middenheim. Deux jours avant d’arriver à la Grande Cité du Loup blanc, le chemin devait passer le long du lac d’Aiguebonne. Drulak, l’archer elfe, en avait le souvenir d’un étang aux eaux calmes et vertes qui dégageait une légère odeur de vase. Coincé entre deux petites collines boisées, ses contours se dessinaient entre les troncs des arbres pour se livrer complètement au regard du visiteur qui arrivait à la lisière du bois, presque les pieds dans l’eau. Ses berges attiraient de nombreux animaux sauvages qui venaient y boire en toutes saisons. Avec un minimum de discrétion, il n’était pas rare de surprendre des sangliers ou des biches venir s’abreuver pendant quelques minutes avant de disparaitre derrière un bosquet.

Drulak savait aussi qu’une vielle connaissance traînait dans les parages. Au lieu de passer leur chemin, ils décidèrent donc de faire un petit tour de ce lac d’Aiguebonne. Après avoir délogé une perdrix et quelques lapins, ils finirent par trouver l’objet de leur détour. Ça n’était d’ailleurs pas bien difficile puisqu’on l’entendait des centaines de mètres à la ronde. Et à y écouter de plus près, il n’y avait pas une mais deux voix. Certes, on distinguait très nettement un homme facilement reconnaissable à sa voix mûre et posée. Ça, ils s’y attendaient, mais il y avait aussi la voix d’un ou d’une enfant. Et, connaissant le passé de leur ami, c’était plutôt étonnant.

Ils savaient bien que cet ancien pirate était venu « au vert » après avoir eu maille à partir avec la marine fluviale. Ils l’avaient d’ailleurs aidé à limiter les dégâts. A cette époque, il s’assurait des revenus réguliers en attaquant des péniches marchandes le long du Talabec. Une de ses escapades le mena droit vers un culte de Slaanesh itinérant qui s’est installé un hôtel dans les cales de leur navire. Le combat commençait à tourner mal pour Philippe et sa bande quand les aventuriers vinrent à leur rescousse. Gravement blessés, les hors la loi se rendirent à la milice locale qui les soigna et les garda au frais quelques temps. A peine sorti, il se précipita sur les premières femmes de joie venues. A courir après tout ce qui pouvait se livrer rapidement, il se forgea la solide réputation d’un ours plus attiré par le miel des bordels que par celui d’un foyer. Rester avec une fille plus de quelques jours lui semblait impossible et les enfants lui donnaient de l’urticaire. Comment, dans ce cas, expliquer les rires qu’ils échangeaient ? C’était plus qu’étonnant et en totale rupture avec le Philippe qu’ils connaissaient. Mais après tout, on avait le droit de changer et c’est avec bonne humeur qu’ils sortirent des bois et s’avancèrent vers le petit ponton sur lequel les deux pêcheurs étaient installés.

A leur vu, les deux complices se turent immédiatement. Les rires firent place à un silence gêné. Les deux groupes s’immobilisèrent dans une posture d’évaluation réciproque. Manifestement, il ne s’attendait pas à les voir. Essayant de débloquer la situation, Valentine lui lança dans un sourire :
– Bonjour Philippe. Tu ne reconnais pas ta Valentine ? Dites donc, quel accueil tu nous réserves. On te savait un peu ours, mais tu as bien changé depuis que l’on t’a sorti de la …
Philippe ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase et lui lança comme une sommation de se taire :
– Bien sour qué yé té reconnaît Valentine. Comment tou va ?
Pourquoi diable parlait-il avec cet accent tiléen ? Il était né dans un petit village sans nom de l’Averland et il n’avait jamais mis les pieds hors de l’Empire. Et pourquoi se faisait-il appeler Philippé ? Valentine en restait sans voix. Elle n’eu pas le temps de reprendre son souffle qu’une autre surprise l’attendait. La jeune enfant demanda à Philippe d’un ton inquiète :
– Papa, qui sont ces gens ?
Le groupe d’aventuriers n’en revenait pas. Philippe, l’homme aux cent abordages était devenu pêcheur. Il se faisait appeler Philippé. Il parlait avec un accent de la lointaine Tilée, et en plus, il était papa. Décidément, cette rencontre ne se passait pas comme ils l’avaient imaginée.
– Cé sont des amis, répondit Philippe. Yé vous présente ma fille Ortella. Elle vient dé passer son septième hiver. C’est la plou belle fille dou village. Hein ma fille, tou es la plou belle ? Les garçons sont fous de ses yeux ! Yé vous le dit et vous pouvez mé croire !

La jeune fille aux cheveux de cendres dévisagea le petit groupe. Leur vêtements usés et leur armement ne la mettait pas très à l’aise. Son père avait aussi une attitude surprenante. Elle le connaissait toujours de bonne humeur et l’espace d’un instant, elle avait cru voir en lui une autre personne. Un homme fatigué, usé par une vie mouvementée. Il lui avait bien dit qu’il avait été un jeune homme plutôt agité et audacieux. Mais elle avait ramené ces éléments au monde qu’elle connaissait. Elle pensait qu’il avait du voler quelques gâteaux et construire des cabanes en haut des arbres. Les marques d’étonnement manifeste de ces étrangers en disaient suffisamment long sur leur surprise.
Comme toute jeune fille soucieuse de plaire à son papa, elle voulait garder la face et montrer qu’elle était bien éduquée :
– Bonjour. Bienvenue à Hortengam. Je suis heureuse de faire votre connaissance. Désirez-vous boire quelque chose ?
Joignant ses paroles à ses gestes, elle leur aménagea un petit espace en tendant une couverture sur un coin d’herbes à l’abri d’un chêne. Philippe les invita à s’assoir pendant qu’Ortella sortait des ramequins et une gourde d’eau de son panier en osiers.

Ses amis s’installèrent, curieux d’en apprendre un peu plus sur cette vielle racaille devenue papa. Ils furent servi par Ortella qui s’assit près de son père quand il pris la parole d’un air très sérieux :
-il faut qué yé vous dise mon grand malheur.
L’attention des aventuriers était toute tournée vers cet homme à la carrure moyenne et aux épaules légèrement voûtées.
– cé oune grand malheur. Yé né sait pas comment yé vé faire mais yé doit vous le dire.
Tous les yeux des aventuriers étaient fixés sur Philippe sauf deux, ceux de Dinin. Le nain en avait vu d’autres et connaissait bien les humains. Il jeta un rapide cou d’–il à Ortella et cru voir un léger sourire au coin de ses lèvres.
– y’espere qué ma femme né m’en voudra pas trop. C’est affreux …yé né attrappé aucoune poisson dépoui cé matin !
Sa fille n’en pouvait plus de se retenir et parti dans un grand éclat de rire auquel Philippe répondu immédiatement par une hilarité déconcertante. Pendant quelques secondes le groupe ne réagit pas. C’est le nain le premier qui lâcha un rire rauque et grave. Ses amis le rejoignirent rapidement de telle sorte que tout le monde se mit à rire de bonne humeur. L’intensité décrue progressivement et Philippe en profita pour porter un toast à la santé de ses amis :
– Mes amis. Je suis heureux de vous retrouver. Je porte ce verre à votre santé ! Que Sigmar vous protège.
Et tous en c–ur de répondre :
– A ta santé et celle de ta famille !

En reposant son verre il reprit la parole :
– Vous devez sûrement avoir faim ? Ça vous dirait de venir casser la croûte à la maison ? Ça serait l’occasion de vous présenter ma femme Angeline.

Ça n’était pas de refus, leur dernier repas remontait à une soupe de haricots avalée tôt ce matin et la perspective de s’asseoir autour d’une table était plus que séduisante. Les quelques regards qu’ils échangèrent entre eux en dirent suffisamment long sur leur envie.

– C’est avec grand plaisir que nous acceptons, répondit Valentine.
– Mais à une condition, compléta Dinin d’un air très sérieux.
Philippe qui avait ouvert un grand sourire à la réponse de Valentine resta en suspend dans l’attente de cette fameuse condition.

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